La dynamique du féodalisme: à propos d’un ouvrage de Jérome Baschet

Jérôme Baschet est l’auteur d’un ouvrage ouvrant de nouvelles perspectives historiques sur le moyen-âge. En effet, rejettant la "légende noire" tenace sur cette époque, l’auteur met en lumière les ressorts du dynamisme de l’Occident. Et d’abord parce qu’il se refuse à s’en tenir aux découpages chronologiques classiques: la civilisation féodale dont le coeur se forge au XII-XIIIème siècles perdure jusqu’au XVIIIème siècle. La conquête de mondes nouveaux, de même que le capitalisme naissant en seraient les fruits les plus méconnus.

Au-delà de cette remise en cause de nos cadres temporels, souvent à l’origine de nos préjugés, Jérôme Baschet insiste sur le caractère propre de ce dynamisme

-Le féodalisme se caractérise par une domination sociale totale au niveau local ("encellulement" et dominium) mais équilibrée (les communautés d’habitants gèrent de manière autonome leur activité productive). Associée à l’universalisme de la chrétienté, symbolisée par la célébration eucharistique, cette domination permet l’expansion de l’Occident sans les coûts et l’immobilisme inhérents au système impérial. Ce dernier en effet peut se définir par la canalisation de toutes les forces sociales en vue de la préservation de l’unité politique.

-Au coeur du féodalisme, le système ecclésial est tout à la fois la colonne vertébrale, l’enveloppe et la forme de la société. L’Eglise informe donc ce dynamisme par sa rigueur ambivalente. Ce dernier terme désigne la capacité de l’institution à se placer en position médiane entre les diverses tendances intellectuelles, anthropologiques, théologiques, culturelles et sociales, non point par le compromis mais par la manipulation des tensions entre les pôles opposés. Ce qui en est résulte est l’opposé de l’immobilisme: le moyen-âge occidental se caractériserait ainsi par son extraordinaire capacité d’articulation des contraires, le principal étant le lien entre Spirituel et Charnel. La spiritualisation du charnel ouvrirait ainsi la cause première de l’essor mondial du féodalisme puis du capitalisme. Par ailleurs, un principe d’économie se manifesterait en ce sens que cette domination ecclésiale ne détournerait que peu de biens de la société, en cristallisant même les énergies (qu’on songe aux pyramides de crânes humains que réclamaient les religions précolombiennes pour avoir un aperçu du contraire!)

Au final, si on peut faire grief à l’auteur d’un certain nombre d’imprécisions dans la première partie de son livre (histoire de l’occident chrétien), la seconde partie, consacrée aux repères mentaux de cette époque démontre toute la qualité de son approche. Un livre stimulant et accessible pour tout les curieux de cette époque et surtout de ses représentations.

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