Récit alternatif: le massacre de Haditha comme “montage”

L’article ci-joint explore une possibilité: celle que le massacre d’Haditha en novembre 2005 soit en réalité un montage.

Révélé par un article de Time Magasine, l’affaire semble pourtant se résumer assez simplement. Pour venger la mort de l’un de leur camarade tué par un IED (Improvised Explosive Device), le Caporal Terrazas, un groupe de combat des Marines aurait assassiné 15 civils, dont des vieillards et des enfants. Pire, l’affaire aurait été sciemment étouffée par la hiérarchie militaire du Corps.

Selon Nathaniel Helms, tout ceci n’aurait été qu’un « montage » de Al Qaeda, destiné à piéger les militaires américains et à orienter l’opinion publique irakienne et américaine vers la thèse des soldats meurtriers. De fait, l’accusation a dû abandonner les charges contre plusieurs Marines et semble maintenir la pression uniquement sur l’idée de cas isolés à traiter avec la plus grande rigueur.

Quoiqu’il en soit de la vérité de Haditha, tout ceci nous démontre deux points:

  • la contre-insurrection est un affrontement politique qui s’appuie sur les narrations de chacun des protagonistes en compétition pour le pouvoir politique. La population et l’opinion publique sont les centres de gravité de cette lutte.
  • l’attitude de l’établissement militaire, cherchant à punir sévèrement afin de démontrer la thèse des « moutons noirs » et ainsi à éviter de réfléchir aux alternatives sécuritaires que seule la contre-insurrection peut apporter, comme celle d’Al Qaeda souhaitant entraîner les Américains et la population irakienne vers un sentiment d’illégitimité de l’action US en Irak, illustrent la nécessité de sortir des alternatives binaires et des discours dominants.

Autrement, il est à craindre que d’autres innocents, civils irakiens ou simples soldats, ne soient les victimes prochaines des discours totalisants produit par les protagonistes multiples de l’environnement irakien.

Vidéo: LCL John A. Nagl et l’apprentissage institutionnel

Entretien (en anglais) avec John Nagl, responsable de la formation des conseillers militaires américains à Fort Ryley (Kansas). Il est l’auteur de Learning to eat soup with a knife, et a introduit le concept d’apprentissage organisationnel au sein de l’US Army.


Vidéo: David Killcullen, conseiller spécial COIN de David Petraeus

A voir (en anglais)


La dynamique du féodalisme: à propos d’un ouvrage de Jérome Baschet

Jérôme Baschet est l’auteur d’un ouvrage ouvrant de nouvelles perspectives historiques sur le moyen-âge. En effet, rejettant la "légende noire" tenace sur cette époque, l’auteur met en lumière les ressorts du dynamisme de l’Occident. Et d’abord parce qu’il se refuse à s’en tenir aux découpages chronologiques classiques: la civilisation féodale dont le coeur se forge au XII-XIIIème siècles perdure jusqu’au XVIIIème siècle. La conquête de mondes nouveaux, de même que le capitalisme naissant en seraient les fruits les plus méconnus.

Au-delà de cette remise en cause de nos cadres temporels, souvent à l’origine de nos préjugés, Jérôme Baschet insiste sur le caractère propre de ce dynamisme

-Le féodalisme se caractérise par une domination sociale totale au niveau local ("encellulement" et dominium) mais équilibrée (les communautés d’habitants gèrent de manière autonome leur activité productive). Associée à l’universalisme de la chrétienté, symbolisée par la célébration eucharistique, cette domination permet l’expansion de l’Occident sans les coûts et l’immobilisme inhérents au système impérial. Ce dernier en effet peut se définir par la canalisation de toutes les forces sociales en vue de la préservation de l’unité politique.

-Au coeur du féodalisme, le système ecclésial est tout à la fois la colonne vertébrale, l’enveloppe et la forme de la société. L’Eglise informe donc ce dynamisme par sa rigueur ambivalente. Ce dernier terme désigne la capacité de l’institution à se placer en position médiane entre les diverses tendances intellectuelles, anthropologiques, théologiques, culturelles et sociales, non point par le compromis mais par la manipulation des tensions entre les pôles opposés. Ce qui en est résulte est l’opposé de l’immobilisme: le moyen-âge occidental se caractériserait ainsi par son extraordinaire capacité d’articulation des contraires, le principal étant le lien entre Spirituel et Charnel. La spiritualisation du charnel ouvrirait ainsi la cause première de l’essor mondial du féodalisme puis du capitalisme. Par ailleurs, un principe d’économie se manifesterait en ce sens que cette domination ecclésiale ne détournerait que peu de biens de la société, en cristallisant même les énergies (qu’on songe aux pyramides de crânes humains que réclamaient les religions précolombiennes pour avoir un aperçu du contraire!)

Au final, si on peut faire grief à l’auteur d’un certain nombre d’imprécisions dans la première partie de son livre (histoire de l’occident chrétien), la seconde partie, consacrée aux repères mentaux de cette époque démontre toute la qualité de son approche. Un livre stimulant et accessible pour tout les curieux de cette époque et surtout de ses représentations.

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